Les pays en voie de développement, africains en particulier, ont connu une très forte et rapide croissance démographique et urbaine. De 362 millions d’habitants en 1970, la population africaine passe à 728 millions en 1995, pour atteindre plus d’un milliard (1 085 000 000 depuis 2013), dont 900 millions pour l’Afrique au Sud du Sahara. Ce dynamisme sans précédent de la démographie générale se conjugue avec une forte poussée urbaine.

Image des habitants d’une ville togolaise

Même si c’est en Afrique qu’on trouve les taux d’urbanisation les plus faibles comparés aux autres régions du monde, avec une moyenne de 38 % en 2007 (Banque africaine de développement, 2008), il faut noter que c’est également sur ce continent qu’ont lieu les croissances les plus spectaculaires, les plus brusques et les plus rapides de ces cinquante dernières années. Ce phénomène suscite des débats passionnés sur la question de la ville en Afrique, de ses formes, de son devenir et plus symptomatiquement de la démographie des pays en voie de développement. Les formules les plus extravagantes sont alors utilisées pour qualifier le phénoménal développement des villes du Sud : croissance démographique (et urbaine) galopante, exponentielle, démesurée, non contrôlée, explosion urbaine, implosion, etc.

4L’Afrique a certes connu des villes importantes avant la colonisation européenne comme le souligne l’historienne française, spécialiste de l’Afrique Catherine Coquery-Vidrovitch (1993). Mais le processus était plutôt modéré jusqu’à la création de fort et de comptoir commerciaux le long de la côte Atlantique, dont certains sont devenus des villes importantes durant la colonisation (Saint-Louis par exemple). Par ailleurs, les villes coloniales les plus dynamiques de la côte Atlantique sont devenues, pour la plupart, des capitales nationales (Dakar, Accra, Abidjan, Lagos, Conakry, Abidjan), renforçant leur rôle et leur attractivité.

La croissance démographique des villes africaines est due au rejet ou à la désaffection des campagnes en crise et à son corollaire que constituent l’exode vers les villes et la forte baisse de la mortalité dans les espaces urbanisés. Si le nombre des villes et leur population sont en augmentation constante partout sur le continent, c’est aussi parce qu’elles ne sont pas toujours synonymes de problèmes, de désintégration, de pauvreté, mais elles peuvent être aussi porteuses de solutions et d’espérances pour certaines catégories, malgré les difficultés.

Ces évolutions ont d’importantes conséquences sur les formes et l’organisation des villes. La masse de populations qui débarquent dans les espaces urbanisés nécessite la construction de logements qui concourent à l’étalement urbain. L’habitat reste, en effet le principal moteur de l’expansion spatiale des villes africaines. Cependant les conditions d’accès au logement sont très différentes selon la catégorie sociale. Les classes aisées et les fonctionnaires (classe moyenne) ont souvent été favorisés dans les programmes de l’État mis en œuvre par les sociétés immobilières (cf. les études de Dubresson et de Manou-Savina, 1987). Pour les pauvres, par contre, la seule perspective qui existait était de se loger par ses propres moyens, très souvent dans l’illégalité.

La construction de logements ne respectant ni les règles d’urbanisme ni les contraintes de site est une caractéristique qu’on retrouve dans toutes les villes. Globalement, la surdensification des quartiers centraux ou proches des centres-villes a souvent nécessité une restructuration et un déguerpissement de la population. Elles s’installent ainsi dans des périphéries de plus en plus lointaines à mesure que la population s’accroît et que les quartiers les plus pauvres continuent d’être le réceptacle des flux migratoires issus des campagnes frappées de plein fouet par les crises climatiques et les mutations de l’économie africaine.