Dans sa politique de récupération des domaines de l’Etat, le ministère de la ville et de l’aménagement du territoire a procédé, à la démolition des maisons à Kaporo rails dans la commune de Ratoma. L’opération menée avec fermeté suscite plusieurs réactions à Conakry et un peu partout dans le pays. Plusieurs victimes n’ont pas où partir, leurs activités sont bloquées.

Notre rédaction a recueilli l’avis de quelques victimes le jeudi 07 mars 2019.

Des garages et ateliers de soudure dégagés, des débris de tôles et de fer un peu partout, des carcasses de voiture, des maisons complètement réduites en morceaux, des arbres arrachés à la racine, de la poussière et de la fumée, voici désormais ce qui reste du quartier Kaporo rails, après le passage de l’équipe de déguerpissement conduite par le ministère de la ville et de l’aménagement du territoire.

Les gravats et autres débris

Selon les autorités, cette campagne de déguerpissement ne cible pas seulement le quartier Kaporo rails mais elle vise à récupérer tous les domaines réservés de l’Etat. D’ailleurs, dans les jours qui suivent, ça pourrait être le tour de koloma à proximité de la Radio Télévision Guinéenne (RTG). Un soudeur trouvé sur place en est conscient, puisqu’il a été déguerpi pour la première fois de Kaporo rails. L’annonce de la récupération du reste du domaine illégalement occupé, dit-on, par l’Etat, n’est plus à ses yeux une simple déclaration. C’est pourquoi avec ses collègues, il s’est trouvé un atelier de soudure à Simbaya dans la même commune.

 «Ils ont rendu les gens pauvres et sans espoir ici. J’ai passé toute ma vie ici avec ma grande sœur. On avait trois (3) maisons mais désormais plus rien. Quand je pense à cette situation, j’ai des maux de tête à chaque fois. Ma sœur ne pouvait rien faire de lui-même, on se débrouillait pour vivre », se plaint-il sous couvert d’anonymat. Sur le plan social, ce soudeur estime que cette opération a «  contribué à la séparation de plusieurs familles qui ont mis du temps à se construire » Image

Le reste d’un véhicule usé

Des familles séparées notre interlocuteur l’a signifié, une année scolaire finie pour les enfants de ce quartier, a cela s’ajoute des emplois bloqués voire même perdus. C’est le cas de M. Diallo Mamadou Saidou, maitre soudeur à kaporo rails qui a perdu son atelier. « Pour ne pas rester comme ça, nous sommes venus nous installer à koloma. Ils sont venus ici encore avant-hier pour nous avertir de quitter que koloma est la zone suivante à déguerpir », nous apprend-il.

Sur place, certains jeunes n’ayant pas trouvé de logements par manque de moyens, se contentent de rester sur les gravats. Ils gagnent leur quotidien à partir des barres de fer qu’ils recherchent sous les décombres des bâtiments détruits. Ils passent la nuit sur les cartons vides ou les sacs vides au milieu des débris de tôles et des ordures.I

 Selon eux,ce quartier représentait tout pour eux : « ce déguerpissement m’a beaucoup étonné du fait qu’ils sont venus nous dégager sans avertissement parce que, je ne peux pas comprendre qu’on puisse donner un délai de deux (2) jours a tout un quartier de quitter sans nous montrer là où nous devons partir » nous déclare M. Mamadou Yaya Diallo, habitant de kaporo rails.

Ce jeune tout comme beaucoup d’autres jeunes de ce quartier n’ont plus d’espoir pour un devenir meilleur. Pour eux, le pays ne va jamais avancer en détruisant la vie des pauvres au profit des riches : « s’il y a le bonheur, le courant, l’eau, le travail aujourd’hui en Guinée, moi je ne sens pas. Aujourd’hui, y compris mes parents, les citoyens de ce quartier et moi-même, nous souffrons énormément et personne n’est là pour nous aider» renchérit notre interlocuteur.

Quelques jours après la démolition des maisons dans ce quartier, le ministère de la ville et de l’aménagement du territoire a procédé au lancement officiel du programme de développement et d’assainissement urbain en Guinée SANITA- villes. L’objectif est selon lui, de trouver un environnement sain pour permettre à tout le monde de trouver les bonnes opportunités de logement dans les villes. Pour ce qui concerne la protection des domaines de l’Etat, le Dr Ibrahima Kourouma, compte associer les élus locaux. Il a eu des rencontres dans ce sens, le mois de mars 2019 avec les conseillers communaux de Kaloum, Dixinn et Matam.

                                                                                                          Alama Kolomou